DUDU TASSA and the KUWAITIS
Israël



A 34 ans, Dudu – diminutif de Daoud – a derrière lui une carrière bien menée de chanteur rock dont attestent six albums chantés en hébreu qui tous ont été des succès. “Sauf que je commençais à m’ennuyer sérieusement. C’est là que j’ai eu l’idée de reprendre les chansons écrites par mon grand-père, lui aussi prénommé Daoud.” Daoud et son frère Saleh Al-Kuwaiti furent de véritables stars de la musique classique arabe en Irak et au Koweït avant d’émigrer en Israël en 1951. Saddam Hussein, irrité qu’on puisse admirer à ce point deux musiciens juifs, ordonnera que l’on efface leurs noms de tous les disques déjà pressés. En Israël en revanche, les frères Al-Kuwaiti restaient de parfaits inconnus. “En Irak, ils se produisaient dans des salles prestigieuses, raconte Dudu Tassa. Ici, ils ont dû se contenter de jouer pour les mariages et des brit milah (cérémonies de circoncision – ndlr).” Changement de statut et de standing, d’autant que la famille a dû abandonner ses biens à Bagdad. Pour faire vivre les siens, le grand-père de Dudu se résigne à ouvrir une petite droguerie dans le sud de Tel-Aviv. “Ma mère m’a raconté comment la tristesse lui était tombée dessus après ça. Je ne l’ai pas connu. Il est mort quand j’avais 4 mois. Mais à la maison, on écoutait sans cesse sa musique.”

Ado, Dudu préfère la guitare électrique au oud et David Bowie à la musique arabe. Mais rien ne s’efface jamais totalement… “Un jour, je suis tombé sur une pile de ses vieux disques. Sans aucun projet en tête, je me suis mis à écrire des arrangements à l’aide d’un ordinateur.” Il lui faudra deux ans pour trier parmi les deux cents chansons du répertoire et apprendre mot après mot les textes en arabe, langue qu’il ne pratique pas. Inédit en France, l’album, fruit exquis de cette relecture, sonne comme Rachid Taha branchant le chaâbi sur les amplis de Led Zeppelin.

A croire que ce style remue quelque chose dans l’inconscient du pays, certains titres viennent même d’entrer sur la playlist de Galei Tzahal, la radio de l’armée israélienne. “Sur des blogs, des fans se sont mis à échanger des commentaires. Certains disent écouter le disque alors que jusqu’à présent, c’était mal vu d’écouter de la musique arabe. D’autres se souviennent qu’eux aussi ont des parents originaires d’Irak, de Turquie ou du Maroc…” Comme le dit ce proverbe lui aussi arabe : “La question des origines reste à l’origine de toutes les questions.”







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